Depuis le 1er janvier 2026, la directive européenne DAC7 est pleinement opérationnelle en France. Son principe est simple mais ses effets sont considérables : les plateformes numériques — OnlyFans, MYM, Fansly, Patreon et leurs équivalents — sont tenues de transmettre automatiquement aux fiscs européens les revenus perçus par leurs créateurs. Pour des milliers de Français actifs sur ces plateformes, l'ère de la déclaration volontaire et parfois approximative est terminée.
La mécanique varie selon le siège de la plateforme. OnlyFans, basée à Londres, déclare d'abord au fisc britannique (HMRC), qui retransmet ensuite les informations à la Direction générale des finances publiques française dans le cadre des accords d'échange automatique. MYM, dont la structure est ancrée en France, déclare directement à l'administration fiscale hexagonale. Le résultat est le même : les services fiscaux disposent des données avant même que le créateur n'ait rempli sa déclaration annuelle.
Un décret du 28 novembre 2025, entré en vigueur le 1er janvier 2026, précise par ailleurs les obligations de transparence commerciale applicables à ces plateformes sur le territoire français. Ce texte réglementaire complète la directive européenne en imposant des standards de reporting supplémentaires aux opérateurs présents sur le marché hexagonal.
Pour les créateurs, la conséquence pratique est directe : toute divergence entre les sommes déclarées par la plateforme et celles figurant dans la déclaration d'impôt du créateur devient immédiatement visible par l'administration. Le traitement automatisé des données rend la détection des écarts beaucoup plus rapide qu'auparavant.

La majorité des créateurs relèvent du régime micro-BNC (bénéfices non commerciaux). En 2026, le plafond de ce régime est fixé à 83 600 euros de chiffre d'affaires annuel. Les cotisations sociales s'élèvent à 25,6 % du chiffre d'affaires brut. Un taux qui peut surprendre ceux qui découvrent le dispositif tardivement, notamment les créateurs ayant démarré leur activité sans accompagnement comptable.
L'erreur la plus fréquente, documentée par plusieurs cabinets comptables spécialisés d'après Village-Justice, concerne la base de calcul. Les créateurs doivent déclarer leur chiffre d'affaires brut, c'est-à-dire les sommes perçues avant déduction des commissions de la plateforme. OnlyFans retient 20 % ; MYM applique également une commission. Beaucoup de créateurs déclarent par erreur le montant net effectivement viré sur leur compte, ce qui entraîne un redressement.
D'après Service-public.fr, les revenus issus de ces plateformes entrent dans la catégorie des bénéfices non commerciaux dès lors qu'ils sont réguliers et intentionnels. L'inscription en tant qu'auto-entrepreneur reste la voie la plus courante pour régulariser sa situation. Il convient néanmoins de vérifier régulièrement que le cumul des revenus provenant de plusieurs plateformes ne dépasse pas le seuil du micro-BNC.
Certains créateurs actifs simultanément sur OnlyFans, MYM et Fansly se retrouvent ainsi, à leur surprise, au-dessus du plafond de 83 600 euros sans l'avoir anticipé. Dans ce cas, le passage au régime réel devient obligatoire, avec des obligations déclaratives plus lourdes mais aussi la possibilité de déduire les charges professionnelles réelles.
Le nombre exact de créateurs ayant fait l'objet d'un redressement fiscal en 2026 n'est pas rendu public. Toutefois, selon une estimation de cabinets spécialisés citée par Myne.fr, les contrôles auraient connu une forte hausse depuis la pleine mise en œuvre de DAC7 — chiffres non audités, sans confirmation officielle de l'administration fiscale.
La logique est mécanique : lorsqu'un écart apparaît entre les données transmises par la plateforme et la déclaration du créateur, un traitement automatisé peut déclencher une demande de justification. La synchronisation entre les systèmes étrangers et français n'est pas instantanée, mais elle est effective. Les délais de transmission varient selon les plateformes et les accords bilatéraux en vigueur.
Les créateurs qui ont exercé plusieurs années sans déclarer leurs revenus sont les plus exposés. DAC7 ne couvre pas rétroactivement les exercices antérieurs à 2023 pour la plupart des plateformes, mais certains accords d'échange automatique préexistants peuvent fournir à l'administration des données remontant plus loin. Il est donc recommandé, selon les spécialistes interrogés par Myne.fr, de régulariser spontanément les situations en suspens avant d'attendre une demande de l'administration.

La distinction entre MYM et OnlyFans illustre la complexité du paysage réglementaire. MYM bénéficie du label French Tech 120 et a structuré son activité en France, ce qui simplifie en théorie les échanges avec les autorités françaises. La plateforme a d'ailleurs salué publiquement, lors des débats au Sénat, les dispositions législatives visant à encadrer les intermédiaires abusifs.
OnlyFans, de son côté, reste une entité de droit britannique post-Brexit. La transmission passe par le mécanisme multilatéral prévu par DAC7 et les accords bilatéraux entre le Royaume-Uni et les États membres de l'UE. Fansly, plateforme américaine en forte croissance qui revendique plus de 130 millions d'utilisateurs, est elle aussi concernée par les obligations déclaratives dans les pays où elle opère activement.
Pour les créateurs qui génèrent des revenus sur plusieurs plateformes simultanément — ce qui est courant —, l'agrégation des montants déclarés par chaque opérateur peut dépasser des seuils fiscaux que le créateur n'avait pas anticipés. MYM compte 400 000 créateurs inscrits et 14 millions d'abonnés actifs ; ses données transitent directement vers les services fiscaux français, ce qui en fait la plateforme offrant le chemin de transmission le plus court vers l'administration hexagonale.
La mise en conformité passe par quelques réflexes. Premièrement, s'assurer d'être inscrit dans un régime déclaratif adapté (micro-BNC ou régime réel) avant de percevoir les premiers revenus. Deuxièmement, déclarer le chiffre d'affaires brut, non le net. Troisièmement, conserver les relevés de la plateforme, qui font foi en cas de contrôle. Quatrièmement, ne pas omettre les revenus de plusieurs plateformes : l'administration les aggrège.
Les spécialistes consultés par Myne.fr rappellent qu'un créateur déclarant correctement n'a rien à redouter de DAC7. La directive ne crée pas un impôt supplémentaire : elle rend le contrôle du respect des obligations existantes plus systématique et plus efficace. La transparence numérique des plateformes a simplement rattrapé une réalité économique qui existait depuis des années.
En pratique, plusieurs créateurs ont confié à des médias spécialisés avoir pris rendez-vous avec un comptable dès l'annonce de la mise en œuvre complète de DAC7. Cette démarche préventive est jugée utile, surtout pour ceux dont les revenus se situent près du seuil du micro-BNC ou qui exercent via plusieurs plateformes.
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