En 2026, Fansly a publié ce que la plateforme elle-même décrit comme sa mise à jour réglementaire «la plus agressive à ce jour». Ce durcissement intervient en réponse à deux pressions simultanées : de nouvelles lois adoptées dans plusieurs pays encadrant le contenu généré par intelligence artificielle, et une multiplication des abus liés à l'IA générative dans l'industrie du contenu adulte.
La plateforme américaine, qui serait en concurrence directe avec OnlyFans et MYM , a choisi une approche proactive. Plutôt que d'attendre des obligations légales nationales, Fansly a révisé ses conditions générales pour y intégrer des règles précises sur la nature des contenus autorisés et les preuves de consentement exigibles.
D'après Sozee.ai et Fanspicy, qui ont analysé ces nouvelles conditions, les changements sont substantiels et affectent aussi bien les créateurs indépendants que ceux qui collaborent avec d'autres personnes. Pour les créateurs français actifs sur la plateforme, ces nouvelles règles s'appliquent sans exception, quelle que soit la nationalité ou la localisation de la personne.

La règle centrale concerne les deepfakes photoréalistes. Fansly interdit désormais formellement tout contenu généré ou modifié par IA qui imite de manière réaliste une personne réelle identifiable, sans divulgation explicite. Cette interdiction vise en particulier les vidéos et images synthétiques imitant des visages ou des corps de personnalités connues ou de particuliers.
Sont également proscrits tous les contenus impliquant des mineurs, qu'ils soient réels ou simulés, y compris ceux produits par IA. Cette règle existait déjà, mais son application est désormais explicitement étendue aux productions artificielles. La précision est importante : elle ferme une zone d'ambiguïté que certains utilisateurs exploitaient en arguant du caractère fictif ou synthétique du contenu.
En revanche, le contenu généré par IA reste autorisé dans trois conditions cumulatives. Premièrement, il doit être clairement identifié comme produit par une intelligence artificielle. Deuxièmement, il ne doit pas être photoréaliste au point d'être confondu avec une personne réelle. Troisièmement, lorsque le créateur utilise sa propre image comme base d'entraînement, son identité doit avoir été préalablement vérifiée par la plateforme.
Cette distinction entre ce qui est permis et ce qui est interdit répond à une attente des créateurs qui utilisent légitimement l'IA comme outil de production. La plateforme évite ainsi une interdiction totale qui aurait pu pénaliser des usages créatifs ou artistiques sans risque réel d'atteinte à des tiers. Mais le critère du réalisme reste subjectif, et son application pourrait faire l'objet de débats au cas par cas.
Le second volet des nouvelles règles touche à tout contenu mettant en scène plusieurs personnes. Fansly exige désormais des formulaires de consentement signés par chaque participant, ainsi qu'une vérification d'identité en bonne et due forme. Ces documents doivent être conservés et potentiellement présentés à la plateforme en cas de litige ou de signalement.
Cette exigence n'est pas entièrement nouvelle dans l'industrie — des studios pornographiques professionnels y sont soumis depuis des décennies —, mais son application aux créateurs indépendants représente un changement significatif. Elle aligne Fansly sur des pratiques proches de celles des producteurs professionnels, tout en maintenant l'accès à la plateforme pour des créateurs non institutionnels.
Pour les créateurs français qui collaborent avec d'autres personnes — un phénomène courant, notamment chez les couples qui gèrent un compte commun —, cette obligation suppose de mettre en place un processus administratif minimal avant chaque tournage collaboratif. Les plateformes comme Fansly ne fournissent pas nécessairement de modèle standard de formulaire, ce qui oblige chaque créateur à se documenter ou à recourir à un accompagnement juridique.

Fansly compterait plus de 130 millions d'utilisateurs et environ 2 millions de créateurs inscrits. Ces chiffres sont issus de sources marketing et d'analyses de tiers — il ne s'agit pas d'un rapport officiel publié par Fansly. Son principal argument commercial reste sa commission de 15 %, inférieure aux 20 % pratiqués par OnlyFans et MYM.
En renforçant ses règles de conformité, Fansly prend un risque calculé : décourager une partie de ses créateurs les moins rigoureux, tout en attirant ceux qui privilégient un environnement réglementairement stable. C'est une stratégie de montée en gamme similaire à celle que MYM a adoptée en France avec son positionnement French Tech.
La plateforme opère également dans un contexte international tendu. Aux États-Unis, plusieurs États ont adopté ou examinent des lois spécifiques sur les deepfakes non consentis. En France, la loi SREN punit déjà la diffusion de deepfakes intimes non consentis de peines pouvant aller jusqu'à 3 ans de prison et 75 000 euros d'amende pour les contenus pornographiques. En durcissant ses propres règles, Fansly réduit son exposition légale dans chaque juridiction où elle est active.
L'affaire du parquet de Paris contre X illustre concrètement les risques que courent les plateformes qui n'encadrent pas suffisamment la production et la diffusion de contenus synthétiques non consentis. Les perquisitions et enquêtes criminelles engagées en France en 2026 montrent que les autorités sont prêtes à cibler directement les opérateurs, pas seulement les utilisateurs individuels. Fansly semble avoir tiré des leçons de ces précédents.
Les nouvelles règles de Fansly envoient un signal à l'ensemble du secteur. OnlyFans et MYM avaient déjà intégré des clauses sur le contenu IA dans leurs conditions générales, mais avec un niveau de détail moins précis. Le durcissement de Fansly pourrait pousser ses concurrents à réviser à leur tour leurs politiques de modération.
D'après Myne.fr, qui suit l'évolution réglementaire des plateformes adultes, la tendance de fond est à la professionnalisation des obligations pesant sur les créateurs. Les plateformes qui avaient misé sur la liberté maximale comme argument d'attraction semblent désormais converger vers un modèle plus encadré, sous la pression combinée des régulateurs, des lois sur l'IA et des procédures judiciaires en cours dans plusieurs pays européens.
Pour les créateurs, cette évolution a une conséquence pratique : exercer sur ces plateformes demande désormais une connaissance minimum des règles juridiques en vigueur, et pas seulement des techniques de production de contenu. Les nouvelles règles de Fansly sont un rappel que la professionnalisation du secteur touche aussi les obligations administratives et légales, et pas uniquement la qualité ou la fréquence des publications.
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