Le parquet de Paris ouvre une enquête criminelle contre X pour des deepfakes sexuels générés par l'IA Grok

Régulation



Une perquisition au siège français de X, le 3 février 2026

Le 3 février 2026, la section cybercriminalité du parquet de Paris a mené une perquisition dans les bureaux français de la plateforme X, anciennement Twitter. Cette action s'inscrit dans le cadre d'une enquête préliminaire portant sur des deepfakes sexuels non consentis, produits et diffusés via l'outil d'intelligence artificielle Grok, développé par xAI, la société d'Elon Musk.

Des convocations pour des auditions libres ont par ailleurs été envoyées à Elon Musk, PDG de X, et à Linda Yaccarino, directrice générale de la plateforme. Ces convocations ne constituent pas des mises en examen et n'impliquent aucune obligation de se présenter en personne en France. Il s'agit d'une étape procédurale classique dans une enquête préliminaire visant une entreprise.



D'après Euronews et Franceinfo, l'enquête avait été initiée à la suite de signalements multiples concernant des images intimes falsifiées mettant en scène des personnes réelles, à leur insu et sans leur consentement. Le même jour que la perquisition, le 3 février 2026, l' ARCOM annonçait la mise en demeure de deux autres sites pornographiques pour non-respect de la vérification d'âge — une coïncidence de calendrier qui illustre l'intensification simultanée des actions réglementaires dans le secteur numérique français.

Parquet de Paris et X (Grok)

Des victimes publiques, dont la streameuse Maghla

Parmi les personnes affectées par ces deepfakes figure la streameuse française Maghla. Elle a publiquement alerté, sur ses propres réseaux sociaux, sur l'existence de contenus synthétiques à son image, diffusés sans son accord sur X et d'autres plateformes. Son témoignage, comme celui d'autres victimes, a contribué à accélérer les démarches judiciaires.



Ces personnes sont des victimes d'une atteinte grave à leur vie privée et à leur intégrité. La production et la diffusion de deepfakes intimes non consentis constituent, indépendamment de toute question de célébrité ou d'activité en ligne, une violation de droits fondamentaux reconnue par la loi française.

D'après Konbini, plusieurs victimes ont déposé plainte en leur nom propre, alimentant ainsi la procédure judiciaire engagée par le parquet. Leurs identités et situations personnelles ne sont pas au cœur de l'enquête pénale, qui cible les systèmes et les opérateurs ayant permis la production et la circulation de ces contenus.

Le cas de Maghla est représentatif d'une réalité plus large : les personnes publiques actives en ligne, qu'elles soient streameurs, journalistes, actrices ou créatrices de contenu, sont particulièrement exposées à ce type d'abus, car leurs images et leur voix sont abondamment disponibles en ligne, ce qui facilite techniquement la fabrication de contenus synthétiques convaincants. Le préjudice est réel, mesurable, et reconnu comme tel par les autorités françaises.

L'élargissement en enquête criminelle en mai 2026

En mai 2026, le parquet de Paris a décidé d'élargir la procédure en enquête criminelle. Ce changement de qualification est significatif : une enquête criminelle permet d'ouvrir des investigations plus larges, de saisir des données à plus grande échelle et d'envisager des qualifications pénales plus sévères.

X a réagi à ces développements en niant toute malversation. La société a qualifié la perquisition de février d'«attaque politique» et contesté la légitimité de la procédure. À ce stade, la responsabilité pénale personnelle d'Elon Musk n'est pas établie dans le cadre de cette enquête. La qualification et les éventuelles mises en examen relèvent de la seule autorité judiciaire française.

L'élargissement en enquête criminelle signifie que les magistrats instructeurs disposent désormais de pouvoirs d'investigation étendus. Ils peuvent notamment ordonner des réquisitions auprès d'autres opérateurs techniques, accéder à des données stockées à l'étranger dans le cadre de mécanismes d'entraide judiciaire internationale, et entendre sous contrainte des témoins ou des responsables de l'entreprise.

Le parquet de Paris enquête sur X pour des deepfakes sexuels générés par l'IA Grok

Le cadre légal : la loi SREN et ses sanctions

La loi pour la sécurisation de l'espace numérique (SREN), adoptée le 21 mai 2024, constitue le principal cadre juridique applicable à cette affaire en France. Elle punit spécifiquement la diffusion de deepfakes intimes non consentis. Pour les contenus à caractère pornographique, les peines peuvent atteindre 3 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

La loi SREN distingue la diffusion par une personne physique de la mise à disposition d'outils permettant cette diffusion. C'est précisément ce second aspect qui est au cœur de l'enquête visant X : la question est de savoir si la plateforme, en hébergeant et en ne modérant pas suffisamment ces contenus, engage une responsabilité en tant qu'opérateur, et si l'IA Grok, en facilitant leur production, aggrave cette responsabilité.

Cette affaire est la première en France à cibler explicitement un système d'intelligence artificielle générative dans le cadre d'une enquête sur des deepfakes sexuels. Elle est suivie de près par les juristes spécialisés en droit du numérique, ainsi que par les associations de protection des victimes de violences en ligne. La loi SREN avait également été mobilisée le 3 février 2026 dans l'affaire de mise en demeure par l'ARCOM de sites pornographiques pour non-respect de la vérification d'âge — un signe que le dispositif légal français s'active sur plusieurs fronts simultanément.

Pour les créateurs actifs sur des plateformes comme Fansly, MYM ou OnlyFans, cette affaire rappelle que la responsabilité en matière de deepfakes ne pèse pas uniquement sur les plateformes : tout utilisateur qui produit ou diffuse un tel contenu est lui aussi exposé aux sanctions prévues par la loi SREN.

Un enjeu européen et international

L'enquête du parquet de Paris s'inscrit dans un mouvement plus large. Plusieurs pays européens examinent ou ont adopté des législations visant les deepfakes non consentis. Au Royaume-Uni, une loi spécifique a été adoptée en 2024. En Allemagne, des dispositions pénales couvrent déjà ces situations via le droit à l'image.

Pour les plateformes mondiales comme X, la multiplication des procédures nationales constitue un signal. L'absence de modération efficace des contenus synthétiques non consentis expose leurs opérateurs à des risques juridiques croissants dans chaque pays où ils exercent. La procédure française, si elle aboutit à des poursuites formelles, pourrait faire jurisprudence à l'échelle européenne sur la responsabilité des plateformes en matière de deepfakes générés par IA.

Fansly , qui a durci ses propres règles en 2026 en interdisant explicitement les deepfakes photoréalistes non divulgués, illustre comment certaines plateformes choisissent d'anticiper ces risques légaux par une mise en conformité volontaire. La stratégie adoptée par X — contester la procédure plutôt que d'engager un dialogue avec les autorités — représente l'approche inverse, dont les conséquences à long terme restent à observer au fil des développements judiciaires.

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