Le 13 janvier 2026, les députés Arthur Delaporte et Stéphane Vojetta ont remis à la ministre Anne Le Hénanff un rapport sur l'influence commerciale. Parmi ses conclusions les plus commentées figure une section consacrée aux « OnlyFans Managers », couramment désignés sous l'acronyme OFM dans les milieux du marketing numérique. Ce rapport a constitué le socle documentaire de la proposition de loi adoptée par le Sénat moins d'un mois plus tard.
Pour comprendre ce phénomène, il faut saisir comment fonctionne l'écosystème des plateformes de contenu adulte en ligne. OnlyFans, MYM ou Fansly permettent à toute personne majeure de publier des contenus contre abonnement. Entre le créateur et la plateforme s'est développée une couche d'intermédiaires — les managers ou « OFM » — qui proposent de gérer le compte, de recruter des abonnés, de traiter les messages et de maximiser les revenus. C'est dans cette relation que les abus documentés par le rapport se concentrent.

Le rapport identifie plusieurs pratiques récurrentes. Première d'entre elles : le détournement de revenus. Dans certains cas, le manager conserve les identifiants de connexion au compte de la créatrice et procède lui-même aux retraits. La créatrice ne voit ses gains qu'après prélèvement d'une commission pouvant dépasser 50 %, voire davantage. Cette structure crée une dépendance économique immédiate.
Le rapport cite également des formes de pression à produire du contenu « extrême », c'est-à-dire allant au-delà de ce que la créatrice avait initialement accepté. Ces injonctions s'accompagnent parfois de menaces de rupture de contrat — ce qui entraîne une perte de revenus — ou, dans les cas les plus sévères, de menaces de diffusion d'images sans consentement. D'après les informations compilées par les rapporteurs, environ 30 % des créateurs français de contenu adulte seraient représentés par ce type d'intermédiaire, selon Vie-publique.fr.
Le profil type des personnes concernées est celui d'une femme entre 22 et 28 ans, souvent étudiante ou en recherche d'emploi, recrutée sur Instagram ou TikTok via des publicités mettant en avant des revenus importants pour un investissement en temps limité. Le rapport souligne que l'entrée dans ce système se fait rarement sous la contrainte physique, mais par un processus progressif de captation économique.
En réponse au rapport, la ministre Anne Le Hénanff a annoncé sept mesures. Parmi les plus significatives figure l'interdiction de promouvoir des formations destinées à devenir manager de plateformes adultes, un marché florissant de cours en ligne facturés plusieurs milliers d'euros aux candidats au métier. Cette interdiction vise à assécher le vivier de recrutement de futurs OFM.
Les autres mesures portent sur le renforcement de la transparence contractuelle entre créateurs et intermédiaires, sur l'obligation pour les plateformes de signaler les comportements suspects à l'ARCOM, et sur la mise en place d'un numéro de signalement dédié pour les créateurs victimes d'abus. D'après Stratégies, le gouvernement entend également mandater l'ARCOM pour publier des recommandations contraignantes sur les conditions d'exercice des managers de plateformes adultes.

Le rapport Delaporte-Vojetta a alimenté directement les travaux de la commission des lois du Sénat. La sénatrice Marie Mercier a explicitement cité ses conclusions lors des débats du 10 février 2026, qui ont abouti à l'adoption par 258 voix contre 65 d'un texte créant un délit spécifique d'exploitation numérique. Ce délit est distinct du proxénétisme au sens classique : il ne nécessite pas de prouver une relation de prostitution, mais uniquement l'existence d'un rapport de domination économique organisé autour de la production de contenu sexuel.
La coordination entre le travail parlementaire et l'initiative sénatoriale est rare pour un sujet aussi récent. Elle témoigne d'une prise de conscience accélérée des pouvoirs publics face à un modèle économique qui a grandi très vite, en dehors de tout cadre réglementaire sectoriel. OnlyFans, créé en 2016, a dépassé les 375 millions d'utilisateurs inscrits dans le monde en 2026, selon des données compilées par des observateurs du secteur.
Pour un créateur qui travaille avec un manager, le rapport ouvre plusieurs voies d'action. Il constitue une base factuelle pour engager une procédure civile ou pénale, en renvoyant à des pratiques désormais documentées officiellement. Les plateformes, de leur côté, sont incitées à mettre en place des systèmes de vérification des intermédiaires qui accèdent à des comptes tiers.
MYM, la plateforme française concurrente d'OnlyFans, avait accueilli favorablement le rapport et la loi Mercier, selon Public Sénat. La plateforme dispose d'un système d'enregistrement des agences partenaires, ce qui la place dans une position plus confortable pour répondre aux nouvelles exigences légales. OnlyFans, basée à Londres, n'a pas commenté le rapport directement.
Un point du rapport reste sans réponse légale directe dans la loi Mercier : la réutilisation non autorisée des images par des managers après la rupture du contrat. Cette pratique, documentée dans plusieurs témoignages collectés par les rapporteurs, consiste à continuer à exploiter les contenus d'une créatrice — sur d'autres plateformes ou sur des sites tiers — même après que celle-ci a mis fin à la relation commerciale.
Euronews a rapporté que certains juristes spécialisés en droit du numérique estiment que cette situation relève du droit d'auteur et de la protection de l'image, deux domaines déjà couverts par le code civil et le code pénal français. Mais l'application concrète de ces textes à des contenus hébergés sur des serveurs étrangers reste complexe et coûteuse pour les victimes.
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